Contexte du projet
Malgré les percées technologiques de la dernière décennie, il est possible de dire que la radio est toujours une composante importante du paysage médiatique africain. Mary Myers a démontré dans le cadre d'un article produit pour le CRDI [hyperlien] que la téléphonie cellulaire a connu une croissance spectaculaire de son taux d'utilisation au sein de la population africaine. Cela a entraîné des modifications importantes dans les habitudes de communication interpersonnelle des citoyens africains et pourrait entraîner une redéfinition des schémas de radiodiffusion en Afrique.
Il est important de préciser que le taux de pénétration de la téléphonie terrestre et, par le fait même, de l'accès à Internet, reste généralement bas en Afrique. Alors que seulement 3% de la population du continent africain avait accès à une ligne téléphonique terrestre en 2001, le nombre d'abonnés à des services de téléphonie cellulaire a bondi à près de 80.1 millions en 2004. Cette pénétration et démocratisation des moyens de communication en territoire africain a eu un effet majeur sur le contenu radiophonique ainsi que sur les interactions entre les stations de radio et leur auditoire. Il est toutefois important de préciser que peu de chercheurs se sont intéressés à ce phénomène qui a une influence croissante sur le développement culturel, économique et politique en Afrique. Cet appel de propositions de recherche s'intéressera tout particulièrement à la convergence entre les nouvelles technologies de communication et d'information et la radio conventionnelle.
Considérée comme étant l'une de plus vieilles plates-formes médiatiques traditionnelles, la radio a continué son évolution au cours des dernières décennies avec, entre autres, la modification des cadres politiques et réglementaires ainsi que l'émergence d'un nombre croissant de stations de radio indépendantes qui coïncide avec la hausse progressive du financement. Cela a entraîné une diversification importante du contenu radiophonique en Afrique avec, entre autres, la prolifération des radios communautaires qui ont eu un impact important dans certains pays africains. En effet, bien que le paysage radiophonique africain était principalement peuplé par diffuseurs lourdement financés et contrôlés par les États, les dernières années ont été marquées par la présence croissante de stations de radios ayant des objectifs différents et proposant des formats radiophoniques servant une myriade intérêts commerciaux et communautaires.
Il est important de préciser que la radio a tenu tête aux autres outils de communication de masse comme, par exemple, la télévision au cours des dernières années pour une multitude de raisons dont, entre autres, les coûts bas reliés à l'achat et l'opération d'émetteurs radio FM, la difficulté d'accès à des réseaux de distribution électrique ainsi que la force de la tradition orale en Afrique, particulièrement dans les pays dont le taux d'alphabétisation de la population est faible. Il est donc possible de conclure que la radio est un média de masse très important en Afrique malgré la montée de la télévision ainsi que des nouvelles technologies de communication en ligne. En fait, certains indices démontrent que les nouveaux médias, plus particulièrement Internet et les téléphones cellulaires, pourraient s'avérer des outils complémentaires importants pour la radio en Afrique. La convergence entre les nouvelles technologies de communication, la radio et le développement – un phénomène se manifestant lors d'émissions radiophoniques où les animateurs acceptent les appels téléphoniques des auditeurs et lors de la diffusion d'entrevues conduites sur le terrain – connait une croissance rapide et soutenue qui doit être étudiée par la communauté scientifique et professionnelle africaine.
La radio, tout comme d'autres outils de communication, est fortement influencée par son environnement immédiat. Les cadres politiques et réglementaires, le développement des nouvelles technologies et l'évolution des contextes sociaux peuvent avoir un impact sur sa structure et son contenu. Par exemple, la radio en Afrique a été utilisée comme outil de communication lors d'épidémies locales pour assurer une bonne circulation de l'information, mais a aussi joué un rôle dans d'autres situations pour diffuser des discours violents ou haineux comme, entre autres, lors des événements entourant le Génocide au Rwanda en 1994. Ainsi, il est possible de dire que la force de la radio – un média puissant s'appuyant sur la tradition orale forte en Afrique – doit faire l'objet d'études scientifiques rigoureuses permettant la production de données qualitatives et quantitative exhaustives sur son impact social, économique et politique.
Il est important de comprendre l'évolution de la radio en Afrique et, plus récemment, l'impact des nouvelles technologies de communication sur son fonctionnement. En effet, la convergence entre la radio et les nouveaux médias a des répercussions directes sur les schémas de développement culturel, politique et économique en Afrique. Ce phénomène sous-étudié doit faire partie de l'agenda de recherche de la communauté scientifique et professionnelle africaine afin d'être mieux défini et, ultimement, compris.